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Préemption par la mairie : comment contester la décision après votre DIA ?

Préemption par la mairie : comment contester la décision après votre DIA ?

Article actualisé en juin 2026 — Maître Victor TELES, avocat au barreau de Montpellier

La décision de préemption est un acte administratif : elle peut être contestée devant le tribunal administratif par un recours pour excès de pouvoir, dans un délai de 2 mois à compter de sa notification ou de sa publication. Le vendeur dont la vente est bloquée comme l’acquéreur évincé peuvent agir. En cas d’urgence, un référé-suspension permet de geler la décision en quelques semaines. Le cabinet de Maître TELES intervient devant le tribunal administratif de Montpellier et la cour administrative d’appel de Toulouse.

Vous vendez un bien situé dans une zone de préemption (droit de préemption urbain, zone d’aménagement différé) : votre notaire adresse une déclaration d’intention d’aliéner (DIA) à la mairie. Si la commune — ou la métropole de Montpellier Méditerranée, titulaire du droit de préemption urbain sur une grande partie de l’Hérault — décide de préempter, la vente avec votre acheteur est bloquée. Cette décision n’est pourtant légale qu’à des conditions strictes. Voici le mécanisme, les vices qui font annuler une préemption, et la procédure pour la contester.

Décision de préemption de la mairie après une DIA

Comment fonctionne la préemption après une DIA ?

La DIA est obligatoire, à peine de nullité de la vente, pour toute aliénation située dans le périmètre d’un droit de préemption (article L. 213-2 du code de l’urbanisme). Elle indique le prix et les conditions de la vente projetée.

À compter de la réception de la DIA, le titulaire du droit de préemption dispose de 2 mois pour se décider. Son silence pendant 2 mois vaut renonciation : la vente peut alors se poursuivre librement. Attention : ce délai est suspendu si la collectivité demande des documents complémentaires ou une visite du bien, et il ne peut être inférieur à un mois après cette suspension (article L. 213-2 précité).

Pour préempter légalement, la collectivité doit respecter deux exigences de fond posées par l’article L. 210-1 du code de l’urbanisme :

  • Poursuivre un objet d’intérêt général entrant dans les actions et opérations d’aménagement de l’article L. 300-1 (logement, activités économiques, équipements collectifs…) ou la constitution de réserves foncières ;
  • Motiver sa décision : « toute décision de préemption doit mentionner l’objet pour lequel ce droit est exercé ».

Le Conseil d’État exige en outre que la collectivité justifie, à la date de sa décision, de la réalité d’un projet d’action ou d’opération d’aménagement, même si ses caractéristiques précises ne sont pas encore arrêtées, et qu’elle fasse apparaître la nature de ce projet dans la décision (CE, 7 mars 2008, Commune de Meung-sur-Loire, n° 288371, publié au recueil Lebon).

La décision de préemption est notifiée au vendeur, au notaire et à l’acquéreur évincé lorsque son nom figure dans la DIA (article L. 213-2). C’est cette notification qui fait courir le délai de recours.

Quels vices font annuler une décision de préemption ?

Vice Ce que vérifie le juge administratif
Motivation insuffisante La décision ne mentionne pas l’objet pour lequel le droit est exercé, ou se borne à des formules vagues (article L. 210-1).
Absence de projet réel La collectivité ne justifie d’aucun projet réel à la date de la décision — un projet inventé après coup ne suffit pas (CE, 7 mars 2008, n° 288371).
Détournement de pouvoir La préemption poursuit un autre but que celui affiché : évincer un acheteur déterminé, bloquer une opération privée sans projet public.
Incompétence et vice de procédure Signataire sans délégation régulière, décision prise après l’expiration du délai de 2 mois, défaut de transmission ou de notification.

Le juge exerce un contrôle réel et concret : c’est souvent au stade du référé-suspension, en quelques semaines, que l’absence de véritable projet crée le « doute sérieux » qui fait suspendre la décision.

Comment contester la préemption devant le tribunal administratif ?

Le recours gracieux : possible, mais avec prudence

Vous pouvez d’abord demander à la collectivité de retirer sa décision. La décision de préemption n’est pas une autorisation d’urbanisme : le régime restrictif du nouvel article L. 600-12-2 du code de l’urbanisme (recours gracieux en 1 mois, sans prorogation du délai contentieux), expliqué dans cet article dédié, ne lui est en principe pas applicable. Par prudence, compte tenu de cette réforme récente, le cabinet recommande de ne jamais laisser expirer le délai contentieux de 2 mois en attendant la réponse de la mairie.

Le recours pour excès de pouvoir

Le recours en annulation se forme devant le tribunal administratif de Montpellier (pour l’Hérault, l’Aude et les Pyrénées-Orientales) dans le délai de 2 mois de l’article R. 421-1 du code de justice administrative. L’appel relève de la cour administrative d’appel de Toulouse.

Le référé-suspension : l’arme de l’urgence

Une vente bloquée n’attend pas un jugement au fond. Le référé-suspension (article L. 521-1 du code de justice administrative) permet d’obtenir la suspension de la décision en quelques semaines. Avantage décisif : pour l’acquéreur évincé, l’urgence est en principe présumée par le Conseil d’État, sauf circonstances particulières invoquées par la collectivité (CE, 13 novembre 2002, n° 248851, publié au recueil Lebon). Il reste à démontrer un moyen créant un doute sérieux — par exemple l’absence de projet réel.

Que se passe-t-il si la préemption est annulée ?

Lorsque la décision de préemption est annulée après le transfert de propriété, l’article L. 213-11-1 du code de l’urbanisme impose à la collectivité de proposer le bien en priorité aux anciens propriétaires, à un prix visant à rétablir les conditions de la transaction initiale (à défaut d’accord, le prix est fixé par le juge de l’expropriation). Si les anciens propriétaires renoncent — ils disposent de 3 mois pour accepter —, le bien doit être proposé à l’acquéreur évincé dont le nom figurait dans la DIA.

Si l’annulation intervient avant le transfert de propriété, la vente initiale peut en principe se poursuivre entre le vendeur et l’acquéreur, seuls les effets de la préemption y faisant obstacle (CE, 13 novembre 2002, n° 248851). Une action indemnitaire contre la collectivité peut par ailleurs être envisagée selon les circonstances. L’acquéreur évincé dispose de droits propres, détaillés dans notre article acquéreur évincé par une préemption : vos recours.

FAQ — Préemption et DIA

La mairie peut-elle préempter à n’importe quel prix ?
Non. La collectivité peut accepter le prix indiqué dans la DIA ou proposer un prix inférieur. En cas de désaccord, le prix est fixé par le juge de l’expropriation (article L. 213-4 du code de l’urbanisme). Le vendeur n’est jamais contraint de vendre à un prix qu’il refuse : il peut renoncer à l’aliénation. La préemption ne peut donc pas devenir une acquisition forcée à bas prix.
Combien de temps a la mairie pour répondre à une DIA ?
Deux mois à compter de la réception de la DIA (article L. 213-2 du code de l’urbanisme). Son silence vaut renonciation. Le délai est suspendu si elle demande des documents complémentaires ou une visite du bien ; après la reprise, il ne peut être inférieur à un mois. Une décision prise hors délai est illégale.
Peut-on retirer sa vente après une préemption ?
Oui. Le vendeur peut renoncer à l’aliénation, notamment lorsque la collectivité propose un prix inférieur à celui de la DIA ou lorsque le prix est fixé judiciairement. La renonciation met fin à la procédure de préemption : le bien reste la propriété du vendeur, qui ne peut toutefois pas le revendre aux mêmes conditions sans nouvelle DIA.
Quel est le délai pour contester une décision de préemption ?
Deux mois à compter de la notification de la décision (pour le vendeur et l’acquéreur évincé mentionné dans la DIA) ou de sa publication (article R. 421-1 du code de justice administrative). Le recours se forme devant le tribunal administratif de Montpellier pour les biens situés dans l’Hérault. En urgence, un référé-suspension peut être déposé en parallèle.
L’acquéreur évincé peut-il contester la préemption ?
Oui. L’acquéreur évincé a intérêt à agir contre la décision de préemption, et le Conseil d’État présume l’urgence à son égard en référé-suspension (CE, 13 novembre 2002, n° 248851). Même une clause de caducité dans le compromis ne le prive pas de son recours. Voir notre article dédié aux recours de l’acquéreur évincé.

L’essentiel

  • Délai de recours : 2 mois à compter de la notification de la décision de préemption — référé-suspension possible en parallèle.
  • Tribunal compétent : tribunal administratif de Montpellier ; appel devant la cour administrative d’appel de Toulouse.
  • Conditions de légalité : motivation, intérêt général et réalité d’un projet à la date de la décision (articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l’urbanisme ; CE, 7 mars 2008, n° 288371).
  • Réponse de la mairie à la DIA : 2 mois, le silence vaut renonciation (article L. 213-2).
  • Après annulation : rétrocession en priorité aux anciens propriétaires, puis à l’acquéreur évincé (article L. 213-11-1).
  • Pièces à préparer : DIA, décision de préemption et sa notification, compromis de vente, échanges avec la collectivité.

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